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Eugène Savitzkaya "Les lieux de la douleur"

Eugène Savitzkaya - Les lieux de la douleur
(Liège des jeunes poètes, 1972)

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En 1972, Eugène Savitzkaya publie son premier livre, Les lieux de la douleur (version pdf ici). Presque tout y était déjà de ce qui est toujours à l'œuvre... qu'il a réensemencé puis sera creusé, retourné, repris, façonné à l'envi, violenté ou apaisé, libéré.
Peu de critiques ont écrit sur cette apparition primaire mais non brute d'un poète (de 17 ans...) encore partiellement pris entre la queue de comète surréaliste la plus sauvage et un romantisme noir, mais on pourra lire l'excellente lecture de Carmelo Virone dans Mongolie, plaine sale (Labor, coll. Espace Nord, 1993), volume rééditant également Un Attila. Vomiques, L'empire, Masculines et Rue Obscure, ou se reporter au numéro 44 de la revue Textyles, entièrement consacré à E.S. et consultable ici.La revue Java, dans son numéro 21/22 présentant un dossier sur Eugène Savitzkaya, avait publié quelques courts extraits de ce livre depuis longtemps introuvable... C'était en 1999 et le début d'une traque difficile.
Pour fêter ces 20 ans, la fin de la traque, et saluer la réédition d'un autre livre mythique d'E.S., Les couleurs de boucherie (Flammarion, 2019), voici donc rendu à la lecture cet acte "où une voix s'ébroue et naît"... Hop !

cathédrale Notre-Dame-de-Paris, le 9 avril 1950

Aujourd’hui … ici … …
   J’accuse la religion du 
détournement de nos forces vives 
en faveur d’un ciel vide
   J’accuse la religion 
d’escroquerie
   les croyants d’infecter le monde 
de leur morale mortuaire
   d’être les chancres du monde 
décomposé

   En vérité, je vous le dis : Dieu est 
mort
   Nous vomissons la fadeur 
agonisante de vos prières
   car vos prières ont grassement 
fumé les champs de bataille de
notre Monde

   Allez dans le désert tragique et 
exaltant d’une terre où Dieu est 
mort
   et brassez à nouveau cette terre 
de vos mains nues
   de vos mains d’ORGUEIL
   de vos mains sans prière

   Aujourd’hui … ici … …

   nous clamons la mort de Dieu 
pour qu’enfin vive l’Homme.

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(Michel Mourre, Serge Berna)