+++++++++++++++++ + Cantos Propaganda ++ + Structured Disasters since 2014 + ++ Cantos Propaganda + ++ Cantos Propaganda ++ +

William Van Straten "Lettre de papa"

William Van Straten Lettre de Papa

+++

Quoi qu'il dit de morfler, le mouflet ? De quoi qui cause l’albatros, d'asticot ? Il délite en bavant l'enfant infamant ? Rade des pains, t'as vu que tu t'balances au pare brise. Ta morve rose tu peux t'la mettre dans ton p'tit cul de couillon et stopper de t'faire pousser de maux compliqués. Vlà pantin qui pavane comme l'gens d'la tv, qui tire sur moi et mes miens qu'on aime pas d'lire et pas liseuse non plus. I prend des mots païens pi nous biff pareil comme dans l'porno quand le mec il lâche en Anglais dans une lol pas jolie.
Qui t'es plus qu'un marmot dans un lasso qui délasse en mélasse, le ME de la mémé prit dans l’assaut des mots ? T'fous d'sa gueule parce qu'elle est neuneu la névreuse. Elle pige que dalle pi se racle le dentier pas tout à fait entier et qu'elle griffe le parquet. Elle marque des tas de paquets que des mots que tu lui as vomis. Pi vrombit dans sa couche et sort un : que tu dis et toi ? Morpheux t'es heureux comme un pie qu'on vient de traire pour régurgiter de travers. T'étais tout p'tit que d'jà on t'regardait plus que Disney pi on disait : l'est bien i tient d'qui et qui qu'à fait kekette avec sa valseuse pour sortir un biquet si choux, chiant, loin. Vlà comment t'es gaie quand tu causes de tes mots durs. Tu t'sens mieux que les couilles et l'con d'ta mère. Tu nous prends pour des glaires. Finit à la pisse d'un coup de diction d'un légionnaire, l'aurait du brailler plus fort pour t'remettre front du droit. Pas d'respect que la ceinture, l'cuir t'aime depuis qu'tu pleures. L'martinet fait bien l'office. Faut pas chouiner ainsi, ainsi va la vie. T'as vu moi j'peux aussi ainsi trémousser ma langue pour dire. Tet'crois fort intellectuel, t'es branché pi vie la ville. Tu fais l'beau, mais l'soir t'croises les gens d'ici, t'te pisses dessus et fond dans ta veste, t'files droit et dis plus rien, rien de rien, pi t'as rien à dire s'non c'est la rouste, la claque dans le dos du retour à la tête, pi œil poché, puis nez en fleur, pi tes mots qui coulent sur la route avec ton sang. T'fais moins l'malin quand t'es chez moi, chez papa, chez maman, chez les gens pas tertiaire, non nou¬s on est primaire ! Mais c'comme ça, t'fallait naître chez l'notaire, l'type qui plume 'vec des mots de partout et nulle part ; le type qui, comme toi, pi lé p't être ton père, vit dans ses comptes de livres et pas dans l'hasardeuse. C'est carrément bien de t'voir, comme l'gogol du coin qu'on pige que dalle a c'qui dit et pi qu'on s'en fout pas mal. T'prendrait pas de ton perchoir, t'dirait les choses comme c'est bien d'les dire pour tous t'serait pu dans la cave. T'payer un cotte, t'peut dire merci à ta mère. Moi les gras aussi un qu'ingrat qui pas des gens qu'ils veulent mais briller comme néons qui crépite à l'usine ; moi les gras comme ça, je les mire plus et mire à plus de mille. Range ta langue dans t'poche Morpheux, parle nous mieux, pi va bosser un peu.

+++

William Van Straten (1981) a fait plein de conneries. Puis des études (aux Beaux Arts de Valen-ciennes, à L'Erg de Bruxelles, aux Beaux Arts de Tourcoing). Puis il a encore fait plein des conneries. Franco-Anglo-Néerlandais sans attaches territoriales, il vit actuellement à Bruxelles où il participe au feu! collectif La Coquille et au lancement de l'atelier Asphalte. Pour le temps que ça durera, dans la passion et les heurts. Puis il se déplacera. Il dessine, sculpte, crée des installations, des hétérotopies, seul ou en groupe. Son je disparaît dans la matière. Il écrit sans trop se préoccuper de publier : le geste reste brut, des textes qu'il manque à former, mais lit en public pour sortir du placard. Il est ponctuel. Il est à suivre. Il a publié "L'infranchissable transparence de la vitre" (La coquille, 2016). Lettre de papa a d'abord été publié dans le fanzine La Coquille et sur son site ici.


The Dead C "Trouble" + "Rare Ravers"

The Dead C - Trouble (2xCD/2xLP Ba Da Bing Records, 2016)
The Dead CRare Ravers (CD/LP Ba Da Bing Records, 2019)



+++


+++

The Dead C (Robbie Yeats, Michael Morley, Bruce Russell)

Déguisés déguise en effusions sinueuses de pensées et d'activités vides, composées simultanément de zéro et dix. Formé dans le chaudron d'une erreur fiévreuse résolue. Technique de l’erreur. Entouré par l'ignorance, le désintérêt et l'attention des qui ? pas de dialectique. The Dead C fait c’est tout point Enregistré et gravé à travers mille galaxies de poussières et de doutes tenaces et d'infinies merveilles infinies, transformant à la fois le temps et l'espace. c’est maximaliste mantra. rhapsodie rugueuse. Toujours exilé au fond du monde pour réfléchir à la pile désespérée au dessus. Reconnaissant toute contribution comme minuscule et insignifiante quand elle est placée dans la grandeur de l'autre, contre lugubre dominante insolente et satisfaite la fierté, criant continuellement la prééminence du premier monde. Fabrique sale la forme du rage libre à venir. Déforme du rock. C'est un long jeu. C’est noise la no règle.

Michel Deux "et certains oiseaux meurent en vol"

Michel Deux - et certains oiseaux meurent en vol
(Fage, 2011)

Disponible ou sur commande dans (toutes) les (bonnes) librairies et sur le site de l'éditeur ici.


+++

Extraits :

Mis à Mal
[10/87 - 6/10/92]

                                        À Philippe Grand

..., au burin le mouvement.


Une coupe de faïence est portée vide aux lèvres. Des poires y pourrirent.
Indélébile, le tanin des moisissures s'insinue dans la matière. Poires
ou autres végétaux ; mais la cambrure des aréoles est celle de certaines
variétés de poires.
Lentement au-dessus des mères cherchent le burin.
Prise à la gorge une carafe pisse un malaga amer. La bouche ne fait joint.
Eternuements. Crachats. Larmes aux yeux. L'horizon sans l'oeuf où dort
l'eau de bave trempe.
Döl sanglé, le buste se relève. Le coeur cogne. Le corps - dont le nom de
Döl - apprécie, entre lui et l'esprit, circonvenu par la digestion du sang,
la nouure. Les absences pycnoleptiques barattent la matière laiteuse du réel.

Pieds aux creux, plantés, de l'intrication de sources lentes, la cheville prise,
aspirés, tant que la poplité s'huile, un pli à l'aine saigne ; dessous,
sur un tendon, un foisonnement de diverticules peauciers en appelle
à la soumission, au défaut de résistance - tendreté de la viande au galbe - ;
Cendra soulève à deux mains ses hanches les dents plantés dans une branche.

Le papier se détache des murs, jauni, en haut, au coin des lès.
le bras se déplie brusquement et lâche la coupe de faïence en direction
d'un cliché, cloué par deux fléchettes de bois, d'un film oublié. Döl cherche
ce qu'il est en train de penser, doublement raidi au mitant du lit.
Il a tant paressé, caressant avec ses doigts saouls les épaules des filles
toujours trop jeunes, partenaires trop moites, aux empressements laids.
Döl regarde au travers de la fenêtre. De l'index il souligne la légère douleur
autour de ses orbites. Bientôt cinq nuits qu'il monte la garde en regard
d'une colline ; et, du ciel aussi, terribles d'ennui et d'épaisseur.
Döl s'autorise de brèves allées et venues : déboucher du lirac, libérer
sa vessie. Bougies.
Le sel efface les esquisses des falaises de talc.
Il lui semble que quelquefois le mur, dans son dos, avance.

Du sang régurgité coagule sur le plancher. L'ammoniac strie l'air.
Sand mille raies que l'on chiffonne à deux mains. Sang cuit dans de lourdes
poêles. Döl fouille les draps de ses pieds visqueux. Yeux clos la chambre se
tapisse de lichens et il faut pousser loin pour rencontrer les murs où iront
se froisser les ailes de l'anGe que l'on entend approcher. Au pieds du lit la
sanquette refroidit. Le poivre moulu grossièrement entaille la surface.

Anus largement dilaté, regardant les bambous que l'on taille et brûle au bout,
Cendra depuis des heures retire jupe de calicot. Une culotte fendue lacée.
Des mouettes lâchent des pierres sur des crapauds, certaines atteignent
Cendra au cul lorsque le cycle la présente cambrée au maximum.
Accroupi dans les herbes l'anGe tire à l'arbalète sur les oiseaux.
La nudité sans cesse retardée cèle les ombres. Ebauches d'un mot qu'une
griffure va [scindre]. Un calao se laisse tomber ; las.

À la seule branche, dernière, de l'arbre en tuyère, réserve de larves, d'oeufs,
de papillons dont les ailes-fauves sont floues, un clou. Un lacs tient à ce clou
placé autour d'une malléole. Des insectes volants, d'un amas de maries-
salopes empêtrées dans la lagune, se projettent vers l'oiseau pendu à l'envers.
L'aile droite bat le sol, les rémiges brisées, tuyaux fendus, les barbes gonflées
saucent une masse verdâtre.

Le regard perdu sur la mer, dont on ne peut éviter la répétition de l'absence,
Döl psalmodie. Rougeoiment où le soleil vient s'enrouler dans la gorge.
La mer est là et ses vagues godrons. La presqu'île est trop étranglée
pour que l'image de la flaque immense échappe. Döl se couche dans les
ajoncs frottant avec violence son masque de peau contre le sable.
Döl boit du vin où macéra de la buglosse. Ses doigts courent sur un fruit trop
mûr. Les premières phalanges, poussées, s'enfoncent. Döl lèche les fèces
gluantes s'épanchant hors des cratères puis celles retenues sous ses ongles.
Allongé, sous le ciel biface, Döl se risque à l'ondulation du monde.
À la béance des bords. À l'échec.

Sérieusement éméché l'anGe flirte avec son reflet. Cendra s'étiole coincée
entre l'écorce et la moelle de l'épicéa dont elle rêve. Dans la blancheur
de son visage de jeune fille le front rosit où s'appuie le regard de l'anGe
lorsqu'il l'y mène.
L'anGe accepte de regarder en cet instant l'oscillation hypnotique d'un
crachat retenu par le nombril de Cendra.

Un vin liquoreux durcit les trapèzes. Le liquide poisse la gorge. L'anGe,
tenace, aiguise la point lancéolée de ses traits sur une pierre noire devant lui.
Il confectionne l'empennage avec son propre duvet, arrachant, du pouce
et de l'index, une touffe à son croupion. L'anGe dépose un coil et fume
à la saignée du coude. Paupières de ciment l'anGe tousse.
Au-dessus d'une ombellifère de tourterelles festonne un nuage.

Une femme gît dans l'étoupe, dômes hissés. Mahométante. Döl casse l'anGe
sur les fesses froides de l'étouffée. La peau du ventre se tend.
Les ailes rognées pendent sobrement. Le kriss s'enfonce sous l'ombilic,
Döl tord le poignet. Le corps de l'anGe tressaille. Döl passe un doigt
où le sang a trouvé rigole puis sa main touche la fourche humide. Bientôt,
il caresse l'intérieur du ventre détendu, flatte les lobes épais du foie.

Le corps - dont le nom de Döl - brusquement se contracte.
Les plumes urticantes de l'ange cherchent les raies inguinales. Idéal du rêve
agir sur la nuit. Peut-on soumettre aussi vilement l'anGe ?
Döl se rendort pris en masse dans la concupiscence. Des visage sans cesse
semblables et semblablements travaillés le lapident alors à loisir.
Il y devine les meurtrissures d'oviscaptes, les sillons de fractures, les cals.
Assoupissement de la nuit s'offrir le jour smorzando. Falbalas de chair.
Hirsutisme. Gnomes gesticulant autour d'un épouvantail.

La blancheur du visage d'une jeune fille en noir jusqu'aux bas blancs,
ses joues qui rosissent sous le regard appuyé de Döl. Döl enduit ses doigts
du sang du ventre. revêt la face écorchée. Herbes sèches, druge, où furent
jetés les restes de l'anGe, le cuir enserre la langue de Döl. Des vipères
grises, en noeuds, sont prêtes à tuer.
Döl et Cendra convulsent, de sucer la bouche et le nez - Döl et Cendra,
Cendra de Döl. La sueur suit les linéaments, accuse les canaux épidermiques,
les rides.
Döl et Cendra tombent et le reflux à l'écorchure des reins les sépare.
Les index joints glissent sur l'arête du nez. Ils remontent aux tempes
suivant la veinule bleuâtre. La langue de Döl cherche la glotte. Les joues
se creusent. L'anGe crache dans sa paume et cire l'extrémité du jonc
qu'il tient lorsqu'il marche.

*



+++

 ...Même s’ils y perdent l’esprit certains se consacrent aux puzzles qui font apparaître, sis dans la pourriture des sociétés qui se décomposent, les espaces salubres. » Michel Deux (1959-1997)Michel Deux était une figure centrale de l’underground des années 80 et 90 : écrivain, traducteur, musicien, plasticien (collages, mail-art...), manipulateur de réseaux... Ce volume posthume, postfacé par Philippe Grand, regroupe des textes tendus, violemment baroques, rêches comme l’étaient sa musique et ses performances, que Michel Deux, qui n’eut pas le souci de laisser œuvre – ou pas le temps, dispersa dans des fanzines aujourd'hui introuvables. Hop !

Mark Hollis (1955-2019) par Charles Pennequin (les inédits)



Mark Hollis (à gauche, avec Talk Talk
New Grass (extrait de Laughing Stock, Polydor, 1991)

+++

Charles Pennequin :
...ce type mark hollis qui ressemble de loin à john lennon mais un john lennon encore plus cool et discret que l’autre qui ne manquait jamais de faire des déclarations tonitruantes mais cependant une sorte de john lennon des années 80 avec le côté artiste engagé en moins j’aime tout de talk talk même les tubes surtout le tube such a shame quand je mets ça à la maison les gens commencent à fuir et pourtant ils ont tort on ne devrait jamais fuir devant such a shame car c’est un très beau morceau que talk talk pourrait rejouer maintenant en le dépouillant de ses oripaux newaveux débiles tout ces instruments clinquants ces synthétiseurs qui font les débuts horribles de tous ces groupes des années quatre-vingt sush a shame c’est un foutu morceau car il est triste je n’ai pas lu toutes les paroles car on s’en fout un peu des paroles dans le rock est-ce que quelqu’un s’est déjà amusé à lire les paroles de strawberry field forever il faut pas aimer le rock si on passe son temps à traduire les paroles autant retourner à son latin d’église cependant à l’église on chantait le latin et on s’en foutait de la compréhension et c’est ça qu’ils comprennent pas tous ceux qui ne veulent rien savoir à la musique pop-rock ils pigent pas que les paroles ça n’a aucun intérêt et pourtant talk talk avec son such a shame on peut à peine éviter le sens c’est ça la force de talk talk c’est sa mélancolie sa profonde tristesse et sa colère sa gentillesse débile des campagnes anglaises une sorte de truc assexué ouvert à tout et qui fait juste que chanter mais comme on est en mille neuf cent quatre vingt-quatre il faut chanter sur des synthés débiles avec un son moche mais peu importe ce qui importe c’est que such a shame parle de la loose aussi bien qu’un titre de john lennon genre i’am the walrus ce sont les plus belles chansons de john lennon avec the beatles i’m the walrus et strawberry field forever avec aussi ses chansons sur sa mère dear prudence car quand il chante sur sa mère il parle du trou qu’il a en lui et qui le fait crever à petit feu pauvre johnny c’est ça qui fait toute la différence avec les autres groupes c’est que malgré la tartine de framboise à la crème il y a aussi du drame du senti et même de la méchanceté et c’est ce lien qu’il y a entre mark hollis et john lennon car john lennon n’est pas un tendre il a l’art de la formule quand il dit que le rock français c’est un peu comme le vin anglais c’est une formule géniale qu’aucun français moyen ne peut comprendre un petit français vengeur avec sa petite guitare de français moyen plein de vengeance il ne peut voir que lennon est distingué quand il dit ça car il a l’art de la formule qui assassine il a aussi le sens du rythme et en france on n’a pas le sens du rythme on a parfois l’art de la formule mais c’est lourd c’est victor hugo qui sonne la charge héroïque des grosses formules c’est la langue formulée française à haut régime aucun rythme là-dedans aucune hauteur de vue aucun mépris transformé en rire méchant c’est grand et emmerdant l’art français c’est pour ça qu’il ne faut pas chercher à savoir si john lennon a raison de dire que le rock camembert c’est de la piquette en france on cherche toujours à savoir qui à tort et qui a raison c’est ça qui fait le naufrage de la nation française c’est même pas une nation c’est un bouillon le bouillon français pourrait-on plutôt l’appeler et si on se dit français aujourd’hui c’est qu’on va pas tarder à prendre le bouillon d’onze heure car il y a tant et tant de contradictions dans le bouillon de la parole franco française c’est pour ça qu’on y a jamais rien entendu au rock sauf à une certaine période comme la cold wave le punk et la cold wave on pouvait se permettre de parler français dans le parler rock’n’roll mais avec the beatles il ne faut pas savoir si c’est mieux que tel groupe français car c’est tout bonnement mieux que le reste même du rock anglais et pour quelles raison me diriez-vous que the beatles c’est mieux que le reste du rock anglais parce que the beatles est the seul groupe à avoir autant inspiré les meutriers helter skelter du gentil en apparence mc-cartney et piggies du non moins affable et tout mignon georges harisson et les formules assassines de john lennon à propos de jésus christ c’est ça qui inspire au meurtre et là-dessus personne même talk talk n’arrive à la cheville de the beatles ce ne sont pas the rolling stones avec leur pauvres hells angels qui peuvent rivaliser car the beatles ont aussi généré une musique bizarre que personne dans le rock n’était capable de faire ça allait bien plus loin que la bande à lou reed et ça s’appelait tout simplement révolution la neuvième sans doute pour faire référence à la surdité de beethoven ce morceau est un grand morceau et john lennon a ainsi continué avec yoko ono le travail de sape du rock’n’roll et ils ont eu raison car en soixante-huit le rock se mourrait c’en était fini place aux hippies au flower-power à la californie à l’amour molasson et aux drogues le monde croulait alors qu’il pensait être révolutionnaire de toute façon nous sommes contre les révolutionnaires et il est quasi sûr qu’à cette époque nous étions déjà contre ceux qui se déclarent révolutionnaires et qui ne font pas la révolution car la révolution c’est autre chose que le fait d’être révolutionnaire toutes les révolutions nous échappent nous sommes arrivés dans un monde multi récidiviste en terme de révolution depuis que nous avons su que la terre tournait sur elle-même puis autour du soleil puis que le soleil était un petit astre perdu dans l’espace puis que cet espace était expansif et qu’on l’appelait l’univers puis que cet univers pourrait cacher de multiples univers comme un mille feuille et nous dedans cet univers chiffonné alors pour la révolution vous pourrez repasser après la révolution des idées avec platon la révolution de la croyance avec jésus la révolution copernicienne la révolution newtonienne la révolution darwinienne la révolution freudienne la révolution marxienne et puis la révolution lacanienne et enfin la révolution elvisienne et lennonienne nous avons aussi avant tout cela subi des révolutions dont nous n’avons même pas idée et ça continuera de plus belle car nous participons à la marche en avant et au changement mais avant tout pour nous-mêmes et par conséquent ça concerne les autres car tous les autres prennent appuis sur les révolutionnaires alors qu’ils devraient ne pas s’appuyer et se détacher d’eux même c’est ce qu’a fait mark hollis qui s’est détaché du top cinquante au fur et à mesure si vous voulez être un révolutionnaire faites déjà trembler vos organes lançait mark hollis à son public médusé talk talk est le meilleur groupe de ces années-là dans le style new wave il reste indépassable tout comme les joyeux divisés qui restent éternels avec ce dernier morceau de la face b du 2eme album closer qui est une ode à la guerre quatorze une ode au froid comme toujours mais cette fois une ode au front aux poilus qui ont froid dans leurs tranchées une ode au départ dans les trains une ode à l’armée où on quitte les siens pour rejoindre la mort sur le front cette fois joy division a rejoint son modèle qui est apollinaire on peut coller plein de poèmes d’apollinaire sur la musique de joy division et notamment les poèmes de la nuit rhénane ou lorelei ou les calligrammes et ce n’est pas étonnant que le chanteur ai choisi de mettre ce dernier titre dans le disque et qu’il s’est suicidé ensuite car c’est une ode au suicide mais pas que pour lui pour toute la jeunesse toute la jeunesse doit en finir avec elle-même partir en fumée mais talk talk lui n’en est pas là il est plus hasardeux foutraque il ne se fit pas à une église n’épouse aucun comportement il est en cela plus révolutionnaire il suffit pour ça d’écouter les disques un par un qui conduisent le groupe de la new wave non pas à la no wave mais au post-rock c’en est fini après talk talk du rock car the beatles avaient raté leur coup lou reed aussi avait manqué son coup ils avaient eux-mêmes fait en sorte que le rock devienne intelligent c’était la pire erreur à faire le rock intelligent c’est ça qui a fait qu’après on a eu des groupes comme père ubu et cabaret voltaire et d’autres encore plus obscurs mais on peut dire qu’ils avaient du mal à rivaliser avec the dream syndicate qui est un proto groupe à la velvet underground qui a perverti le rock avant que le rock ne pervertisse à son tour l’art en entier en voulant devenir lettré cultivé intelligent et distingué mais sans l’art du rythme c’est pour cela qu’il y a eu l’épisode punk et après l’épisode punk il ne restait plus que des synthétiseurs avec des types en cravate derrière comme aujourd’hui on a des musiciens avec leur laptop c’est les mêmes à part qu’ils n’ont même plus de goût pour la formule ils n’ont plus aucun style aucune joie c’est joy division pour l’éternité alors que talk talk était dans les années 90 la seule porte de sortie pour le rock qui n’était pas un retour au jazz ni à la musique improvisée c’était plutôt quelque chose qui se joue avec la sensation le retour à l’odorat pour une génération entière et ça n’a guère durer car mark hollis en avait marre déjà dans ses premiers clips il suffit de les mater sur youtube on peut constater que mark hollis se demande déjà ce qu’il fout dans ces années quatre-vingt il aurait pu finir alcoolique il aurait pu attaquer la matinée à l’alcool blanc exprès pour se détruire parce qu’il est trop génial d’ailleurs il est une sorte de syd barrett sans les volts et les médocs il n’a pas besoin d’être un alcoolo il chante il fait son petit job de chanteur comme le faisait billie holyday d’ailleurs un jour il reprendra ses standards car en fait il s’est trompé de génération mark hollis avec son talk talk qui devrait causer aux années quarante mark hollis aurait dû être né esclave c’est tout le drame des chanteurs de rock c’est-à-dire des blancs hier les rockers reprenaient le blues aujourd’hui les blancs reprennent la musique gnaouas mais c’est du pareil au même ils courent après la justesse le véridique le pur et le brut parce qu’ils n’ont rien pour plaire les blancs ils dominent la situation mais à part ça ils ne sont pas foutus de danser comme dans les videos de soul train car à part talk talk on pourrait citer tous les musiciens de la motown par exemple c’est quand même bien plus fort et moins cérébral que neu et can les musiciens de kool and the gang au début des seventies et c’est pour ça qu’on ne peut pas s’attendre à une révolution avec les blancs car ils ne savent pas rigoler dans leur musique il ne savent pas baver siffler crier et danser ils ne savent pas jouir le rock révolutionnaire blanc a toujours été peine-à-jouir sauf quand il a été incarné par des groupes comme celui de jac berrocal car très vite il a fait un trou pour laisser place à l’errance jac berrocal s’est mis à courir dans les steppes et à crier dans les trous des parois et jean-françois pauvros a commencé à chercher la mémoire dans les murs en tapant avec le manche de sa guitare à l’instar de lacan qui parlait aux murs bien sûr talk talk c’est aussi une musique très cérébral mais ça annonce la fin du cérébral pour autre chose tout ce débordement de musique techno electro forcément ça a donné soit le revival rock horrible où tous les chanteurs chantent pareil en anglais et où tous les musiciens sont mille fois plus virtuoses que jimi hendrix ou keith richards ou qui cognent plus fort et sont plus lettrés que john bonahm mais aussi d’un ennui prodigieux avec leur musique sang-de-navet et là sans doute talk talk y est pour quelque chose tous les blancs intelligents cultivés se sont mis en france à aimer la chanson française et le rock sang-de-navet inspiré par le dernier bashung qui ne faisaient plus de jeux de mots ou des groupes folk américains ou encore pire des altermondialistes avec leur world musique des envahisseurs grunge à lunettes style sonic youth qui connaissent tout du spoken word de la contre culture qui ont influencé tous les artistes dont les exigences culinaires dépassent ce qu’ils peuvent produire sur une scène car ce qui tue l’art musical poétique et littéraire c’est le revival la nostalgie le doucereux la patine molle de la mode la sensiblerie et du coup nous n’avons affaire qu’à des artistes à la recherche de la justesse et de la singularité dans un monde dénué de sincérité dans l’art contemporain ce n’est pas la même chose car même le clinquant n’est pas nostalgique et il vaut mieux confier aux artistes le soin de puiser dans la mémoire poétique et musicale du temps passé puisque l’art est souvent plus rock et aventureux cela à a voir sans doute avec la morale la musique est souvent plus morale que l’art contemporain un jour nous nous sommes promenés en voiture avec the ex dans le magnéto-cassette et nous disions chercher un batteur c’est ce que nous improvisions sur la cassette que nous avions mise dans le dictaphone tandis que dans l’auto radio on entendait the ex nous disions que nous avions besoin d’un batteur qui ne savait pas battre à l’époque nous cherchions un batteur qui cherchait avant tout son intimité nous enfoncions la cassette dans le lecteur et nous improvisions en direct dans la bagnole avec ce groupe en appui ce fut une très bonne collaboration cependant nous avons senti qu’il ne fallait pas aller plus loin car l’inconvénient avec les musiciens c’est qu’il faudrait toujours aller plus loin comme avec les danseurs il faudrait toujours perfectionner son pas de deux il faudrait toujours poser la voix sur des matériaux plus perfectionnés il faudrait toujours répéter et répéter avec des chorégraphes et des acteurs et des musiciens écolos qui mangent bio pour jouer toujours plus juste dans théâtres et des salles noircies pour ne pas voir le public alors qu’on peut très bien ignorer le noir des salles la lumière et le public qui va avec on peut très bien s’en foutre de la justesse et de l’écoute on peut très bien ignorer le son et le sens et les collaborations et revenir au brouillon seul car seul le brouillon ça n’a rien à voir avec l’improvisation puisque l’improvisation est en haut de la chaîne hifi alimentaire de la musique occidentale blanche tandis que le brouillon renvoie immanquablement aux incohérents aux fous à des tribus d’enfants et à la disparition totale et définitive du spectacle
je n’ai jamais compris pourquoi les rockers se taisaient à la fin et non pas au début. Au début ils sont bavards avec leurs tubes et à la fin ils se taisent dans des albums pas très inspirés. pourquoi ce silence doit être la finalité de toute carrière, et même de toute œuvre. car même le rock fait œuvre, pensait mark hollis. le rock fait œuvre dans le fait que nous nous sommes plutôt mal engagés dans nos vies. le rock c’est la vie qui s’engage mal sur les chemins de l’expérience. nous avions les anciens rockers qui nous montraient le chemin mais il était miné. le rock se faisait sur les planches pourries de la marchandisation et il fallait donc faire mine de le quitter. soit on quitte le rock soit on s’enfonce plus profondément dedans. soit on devient une star usée et sur la pente inexorable du déclin soit on relativise et on meurt incompris. relativiser ce n’est pas devenir un vieux sage obsolète, mais de devenir obsédé, mais pour cela il faut relativiser sur la vie et ses expériences. le rock donne l’impression qu’il y a des élus. trop peu de gens iront sur scène même munis d’une guitare. il faut donc redescendre sur terre et jouer le bon vieux blues du prolétaire anéanti par la marche en avant du monde. le bon vieux monde qui te ratiboise la couenne. c’est ce que pensait mark hollis tandis qu’il improvisait. il disait on ne peut pas jouer deux fois la même chose, l’improvisation est un moment unique. l’improvisation devrait être le moment où on rejoue tout, même ce qu’on a cru gagner sur scène. on ne gagne rien à reproduire sa vie sur une scène disait mark hollis. il faut à chaque fois rejouer au dès sa vivance avec la musique. la musique c’est des heures d’impros dont on ne gardera que quelques secondes. un mouvement inédit. et je n’aime pas les mouvements disait mark hollis. je n’aime pas ce qui bouge. j’aime ce qui plante et s’entasse. j’aime ce qui s’enfonce dans le commun. j’aime m’abattre sur le sol avec un devoir à rendre, tel un paysan sonore. j’aime la grammaire la plus sommaire. l’écriture musicale sans orthographe. j’aime me pendre dedans et ne plus bouger d’un iota. écouter le son, exprimer mes silences. je retourne à l’innocence des frondaisons, je trouve ma félicité dans les pensées les plus démunies, je voudrais faire danser les amibes, être la star du plancton, l’idole des plus sommaires bactéries. je voudrais vivre comme elles, sous la roche, les sols calcaires ou la peau d’un autre, sans que ça respire. ne plus à me coltiner ni à l’air ni à l’eau. être enfin léger malgré la lourde apesanteur d’une basse. basse de basalte et de lave, les néons m’accablent et me tuent. Le rock ne devrait jamais devenir intelligent.
nous sommes de ceux qui aimons le bruit, disait mark hollis. c’est à partir du bruit que nous avons créé. et je ne dis pas le son, précise le chanteur, car le son fait penser à quelque chose de plus apprivoisé. nous, c’est plutôt le bruit qui nous a attiré. c’est le son brutal des villes, des usines. c’est le bruit qui sonne à travers nous et à travers nous les vivants. et tous les vivants quels qu’ils soient. c’est à partir du bruit donc, qui est synonyme de destruction du vivant, que nous nous sommes complus. et c’est dans cette destruction encore à l’œuvre que nous nous complaisons encore, dit-il. bien que certains déclarent haut et fort que c’est pour dénoncer le bruit que nous en fabriquons. d’ailleurs la plupart de ces productions ne peuvent rivaliser avec le bruit humain global. le bruit de la production humaine globale. nous ne pouvons prétendre à faire mieux que ce qui se fait déjà dans sa globalité. mais c’est notre goût pour ça qui fait la différence. c’est notre attention au bruit environnant. c’est notre passion pour tout ce qui est brutal, métallique. notre amour pour tout ce qui fait la désorganisation naturelle des choses. pour tout ce qui bousille grandeur nature. c’est ça qui fait la différence avec le faiseur de bruit lamda. certains sont effrayés par cette passion qui leur prend aux tripes. ils prétendent alors que le bruit qu’ils font c’est pour dénoncer l’horreur, mais au fond c’est totalement faux, car au fond du fond ils rêvent tous de se produire dans les métallurgies de la mort et les autres grandes usines qui polluent le monde entier, ils rêvent du monde nucléarisé total, car ce n’est pas que ça qui les intéressent, mais bien la couleur nouvelle que ça donne à l’environnement. l’esprit que ça imprime à toute la société humaine. et cet esprit c’était le vacarme. le vacarme inhumain des machines qui continue, malgré tout, de nous entourer aujourd’hui, le vacarme qui étouffe chacune de nos neurones. malgré tous les beaux discours, l’humain n’a jamais autant fait de bruit. car il jouit dans les déflagrations et les explosions. il jouit plus que jamais de la guerre quotidienne faite à la nature et à lui-même. et du coup il produit de l’art. car l’art c’est jouir dans l’impensable. l’art c’est se fondre dans ce qui est presque inhumain et le bruit fait écho à ce qui est inaudible en fin de compte. et ce qui est inaudible encore maintenant c’est la passion seule pour le bruit. la violence c’est inaudible pour les contemplateurs de l’art mort, pour ceux qui ne veulent pas de l’impensable ni même de l’impensé. pour celui ou celle qui feint toujours de ne pas jouir du bruit de la vie présente. et la vie présente n’est qu’inhumaine pour les humains. il n’y a pas d’autre vie possible puisque la vie pour l’inconscient humain n’est pas dans la nature. bien sûr, il contemple et aime la nature, l’humain, mais pour son art mort. c’est une passion hypocrite. c’est pour se faire croire qu’il est proche de la nature, alors qu’au fond il a quitté le naturel depuis qu’il parle, depuis qu’il s’agite et depuis qu’il pense. et la nature qu’est-ce que c’est sinon quelque chose de trop rare pour être si naturel ? la nature n’est naturel que part chez nous, disait mark hollis. mais la nature ce devrait être uniquement le caillou ou le feu. la nature ça ne devrait être que l’explosif. c’est ce qui détonne mais sans bruit. ce sont les grands chambardements de l’espace mais qui se fond sans bruit. car au fond la nature c’est aussi le bruit, puisque c’est très rare. donc on peut avancer qu’au fond l’humain cherche sa nature perdue au fond du bruit. le bruit c’est l’invention de la nature par l’homme, et c’est ce que l’homme invente pour son art. il fait de l’art avec ses usines comme avec toutes ses inventions électroniques, puisqu’il veut réinventer un naturel qui donnerait du grain à moudre à l’univers entier. la nature dans laquelle il a poussé ne l’intéresse pas, car cette nature est trop insignifiante pour lui. il lui faut rivaliser avec l’espace entier. il ne lui faut pas une nature qui correspond en quantité à ce qu’on appelle l’antimatière, car au fond pour lui l’humain, la nature est une sorte d’antimatière qui l’envahit. une antimatière cette nature qui lui pourrit la vie. car il est né autant de cette antimatière que des explosions d’étoiles, et pour le moment il pense qu’il a encore besoin de cette antimatière si matérielle près de lui. par nostalgie pour les premiers hommes sans doute. mais son art même montre en grande partie qu’il veut sortir du cocon de la nature pour rejoindre le fond cosmique et ses bruits d’avant le déluge. pour rejoindre la matière sombre et l’énergie noire. son art futur ne se trouvera que dans la poésie éruptive. la poésie en rupture avec le monde. le monde caduque et soi disant naturel. car l’humain ne désire que rejoindre le vide sidéral et la grande soupe des rayonnements, les ondes primordiales et l’antimatière de l’univers dans les plus grands lointains possibles...

Tout le texte ici