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7 juin 2014

Dovid Hofstein "Deuil"

Dovid Hofstein
Deuil
(L'improviste, 2009)

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Extrait :

                                                                                                          A Sergueï Essenine

jadis, jadis dans les plaines silencieuses je menais paître des moutons,
sur les hauteurs vertes erraient des biches
autour, autour - le désert étalait ses cendres claires
offertes aux vents brûlants.

Seuls les silencieux moutons soumis au son de la douce flûte,
seules les tendres biches y gardent encore leur frémissement,
seuls les claires cendres aiguisent le scintillement désert
pour les tourbillons des vents et leur pouvoir illimité.

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maintenant en cavale sur tes steppes - des troupeaux de chevaux,
de nouveau escaladent tes rochers des bandes - d'orgueilleux Huns
qui percent de leurs masses les portails d'espaces nouveaux,
et une fois de plus je suis appelé, en frissonnant, à servir de rempart.

***

prologue au poème 1944


si je le veux
je me bouche les oreilles
et conforte mon coeur
et tout autour de moi n'est qu'absolu silence :
il n'est pas de deuils
il n'est pas de cris de douleur,
il n'est pas de souffrance ni de misère.
et toute confuse
la pâle mort
répète d'une voix sourde :
"qui trop embrasse mal étreint" -
va donc saisir la poussière...
voyons
tant de juifs égorgés
l'allemagne - fidèle serviteur de la mort
et pourtant -
le seigneur des juifs
l'air un peu soucieux -
et cependant content :
le seigneur ne fait
qu'emprunter et prêter
la foi et l'espoir
distribués à droite à gauche
aux petits peuples et aux grands
et croit en sa victoire éternelle
et proclame au monde entier
à toute la terre
- grand univers
il est très clair
grand univers
je ne vais pas faire le compte des pertes
le compte des dégâts
des blessures et des plaies
je ne vais pas jouer pour si peu mon sort...
mon regard reste fixé sur un seul point
et je lis dans ce lieu de tous les lieux
dans les hauteurs infinies
où tout est gravé, tout consigné
devant mon nom - le nom de tous les nom
est écrit :
victoire !
dont le sens est : il a gagné !
et devant les noms
de tous mes ennemis
il est écrit :
ils ont perdu !
ô grand univers
j'ai gagné
tout mon sort pourtant était en jeu
je sais :
des millions de douleurs
menacent encore mes enfants
dans tous les coins, à toutes les portes du monde
ô grand univers
j'ai gagné !
mon être est confirmé
et parmi tous les êtres
règne pour l'éternité mon être.
la voix
de la pâle mort confuse répète d'une voix sourde
le vieux dicton :
"qui trop embrasse mal étreint"
va donc saisir la poussière.

***


Dovid Hofstein, poète ukrainien né en 1889, a été assassiné en 1952 en Union Soviétique. Deuil est son seul livre traduit en français.